Mal réveillée ce matin, je lance la bouilloire, un mug, un sachet de thé. Je cherche un couteau propre pour le beurre. Y’en a pas dans mon tiroir. Réfléchir, hier j’ai lancé le lave-vaisselle, sauvée ! comment il s’ouvre ? je tâtonne, mes yeux ont du mal à focaliser, mes mains ont du mal à synchroniser. J’y arrive enfin. Je tire le chariot du bas, qui déraille comme d’habitude. Les assiettes branlent, les couverts cliquètent, mon cœur stop une seconde, pourvu que rien ne se casse la gueule. Je maintiens le tout, l’honneur est sauf. Je remet péniblement ce fichu chariot sur les rails. Ranger ? Maintenant ou tout à l’heure ? Aller ouvre les yeux et range ! une fois fini de ranger, j’entreprends de nettoyer l’évacuation. Et merde ! ma bague tombe dans du conduit. Je plonge la main à l’intérieur pour essayer de la récupérer. Quelque chose m’attrape la main. Je la sors vivement surprise. Qu’est ce que c’est que ce truc ? Aller même pas peur, je replonge la main dans le conduit. Le truc me serre la main de nouveau, je tire pour le remonter. Je tire, je tire et sort un bras de l’évacuation de mon lave-vaisselle au bout de ce bras se trouve Robert Redford. Je le regarde hallucinée frotter ses vêtements avant de me saluer.
- Bonjour, mademoiselle, Paul Newman, si vous le permettez je vais aider les autres invités.
Ce faisant, il se penche dans mon lave-vaisselle met son bras dans l’évacuation et en ressort, d’autres personnes. Soudain se trouve dans ma cuisine en plus de Paul Newman/Robert Redford, une grenouille d’un mètre quatre-vingt, un tabouret de bar qui semble fortement ivre à 9h du matin, Courtney Love qui porte un panier de pique-nique et un chat. Chacun s’époussette avant de me serrer la main. Sauf le chat qui saute sur le plan de travail pour entreprendre une toilette méticuleuse. Sous mon regard effaré, le petit groupe se dirige vers mon salon. Courtney Love ouvre le panier et installe un ensemble de collations comprenant, une quiche, un saucisson, un fromage, de la confiture, une bouteille de liqueur et une bouteille de lait. Ils s’assoient autour de ma table basse, devisant tranquillement entre eux sur leur périple jusqu’ici. Paul Newman me fait signe de me joindre à eux. Le chat toujours sur mon plan de travail, saute à mes pieds et me regarde.
- Si tu veux du lait il faut vite venir t’assoir, Michel ne t’en laissera pas, me dit-il.
- Michel, je demande ?
- Bah oui Michel, la grenouille, me répond-t-il en me précédant.
Je le suis en me frottant les yeux, toujours dans l’incompréhension totale de la situation. Je m’assois dans mon canapé. Je regarde mes invités couper le saucisson et préparer des verres de lait à la liqueur. Le tabouret de bar tangue à côté de mon guéridon avec lequel il flirt grossièrement. Sans réponse de mon pauvre meuble, il fini par le traiter d’allumeuse avant de s’empiffrer de saucisson. Le chat prend place sur l’accoudoir près de moi.
- Nous avons fêter l’anniversaire de Paul hier, Eddy a un peu abusé sur la bouteille, il ne faut pas lui en vouloir sa femme l’a quitté récemment, il est un peu irritable. Une fois qu’il aura désaouler tu verras il est adorable.
Courtney Love m’offre un verre que je prends machinalement, et la grenouille me sert une part de quiche. Le chat lape le lait que Courtney lui aussi donné, puis il mange quelques tranches de saucisson.
- Chers amis, commence Paul Newman, hâtons nous malgré tout de manger car notre tâche n’est pas encore terminée. Après ce petit déjeuner nous repartons. Et Vous Eddy merci de remettre vos idées en place. Votre comportement pourrais nous attirer des ennuis.
Le chat m’enjoint de boire mon breuvage et de manger ma quiche prestement, si je veux être en forme pour la suite. Je le regarde avec un regard plus qu’interrogateur. En quoi suis-je impliquée dans cette folie ? Paul Newman m’ordonne de boire mon lait et de manger. Pour une raison de que j’ignore son autorité fonctionne et j’engouffre ma quiche que je fait passer avec le lait qui comme j’aurais du m’en douter de la par de Courtney Love est fort charger en liqueur. J’en suis encore à avaler la dernière bouchée que cette dernière remballe les restes et Paul Newman fouille les placards de ma cuisine. Il en revient avec un poêle qu’il me tend.
- Prenez ça me dit-il, cela pourrais être utile.
Michel m’attrape par le bras et me guide jusqu’à la porte d’entrée sans que je ne puisse protester. Lorsqu’il ouvre la porte, ce qui autrefois était le palier de mon étage, est maintenant un salon de massage. Une dizaine de tables de massage sont installées en rang séparées par des paravents. Des femmes en tenues rose s’affairent autours de clients aussi divers et varié que le contenu d’un vide poche. Michel m’entraine au travers de la salle mais j’ai le temps d’apercevoir, un ancien ministre dont j’ai oublié le nom, un corgi avec une couronne, une branche de brocoli géante et une contrebasse. Notre petit groupe traverse le salon de massage à la recherche de quelque chose manifestement. Lorsque je demande à Michel ce que nous cherchons, il croasse. Le chat sur mes talons traduit pour lui et je comprends que nous cherchons l’ascenseur. Après avoir examiner les murs de toute la pièce, il est indéniable que l’ascenseur n’existe tout simplement pas. Paul Newman qui est le chef de notre groupe semble-t-il, en déduit qu’ils nous faut prendre les escaliers. Il est loin d’être con ce Paul Newman à tête de Robert Redford. Le petit groupe que j’ai nommé dans ma tête la compagnie des dingos, part à présent à la recherche des escaliers. Toujours accrocher à la grenouille je les suis dans le salon de massage. Soudain Courtney Love s’agite avec son panier devant ce qui semble être un ama de tableaux empilés. Paul Newman sourit et nous précipite devant le tas de ce qui semble une fois plus près, être de vieilles croutes. Il nous invite à défaire la pile de tableaux de clowns qui pleurent, et de chiens qui courent après du gibier. Je pose ma poêle et les aide toujours sans trop savoir ce qui m’arrive. Je fini par demander au chat ou nous devons nous rendre ?
- A l’anniversaire de Paul Newman, me répond-t-il comme une évidence.
Mais bien sûr me dis-je ! Donc je vais a un anniversaire qui a déjà eu lieux avec une bandes de fous qui sort de mon lave-vaisselle. Je fais un tour rapide de ce que j’ai bien pu faire la veille pour délirer autant ce matin. Je suis quasiment sur de n’avoir pas bu, ni pris de drogue pas même une aspirine. Je suis rentré épuisé du boulot, j’ai regarder un film et je me suis couchée et je pensais profiter d’une matinée de week-end tranquille. Et me voilà en train de manutentionner des peintures immondes avec un tabouret ivre et une grenouille géante sous les ordres d’un type qui se fait appeler Paul Newman alors qu’il a la tête de Robert Redford. Le tas diminue et laisse place à un escalier. Je ramasse ma poêle et suis la compagnie des dingos. L’escalier descend pendant un long, très long moment, je suis épuisée lorsque nous nous arrêtons devant une porte coupe-feu sur laquelle est affiché en guise d’avertissement un poster de Brad Pitt en costume de père noël avec pour inscription interdit aux flamants roses. Paul Newman, nous regarde avec un sourire triste.
- Dommage que Clovis ne soit pas autorisé, j’aurais aimé qu’il puisse venir.
Courtney Love approuve ainsi que Michel, le tabouret a un hoquet et le chat me souffle que Clovis est un mauvais compagnon de fête de toute manière. Paul Newman ouvre la porte et nous pénétrons sur le toit d’un immeuble. Après cette descente interminable vers des abysses, je contemple des étoiles multicolores et une forêt de baguettes de pain de toutes sorte, à l’ancienne, aux céréales, à l’épeautre, au maïs, aux graines etc… je m’approche de le rambarde qui borde le toit et contemple le sol jonché Smarties et de M&M’s. Mais qu’est-ce que j’ai pris bon sang ? Courtney Love sort de son panier une guirlande de lumière, une table avec un buffet complet, des caisses d’alcool, des poufs, une sono complète, que Michel et Eddy installent au fur et à mesure. La musique commence par une musique électro entêtante, sur laquelle Courtney Love se met à tourner les bras en croix. Paul Newman s’approche de moi en sortant un portefeuille. Il me montre une photo de son pauvre Clovis. Je regarde bien ce pauvre Clovis qui s’avers être en réalité un rat nu.
- Cet endroit étant interdit aux flamants roses, il n’ a pas pu venir, je soupçonne Courtney d’avoir choisi cet endroit exprès, elle est jalouse de Clovis.
- Sans blague, dis-je sarcastique malgré moi.
- Ce n’est pas toujours facile d’être marié à Courtney tu sais mais elle a ses bons côtés. Elle me prépare toujours les meilleurs anniversaires. Même si Eddy a bien souvent du mal a s’en remettre il n’en loupe jamais un .
Eddy tangue sur la piste de danse un bouteille de whisky sur son plateau qui se vide au fur et mesure qu’il danse. Michel m’invite à danser un slow sur une sorte de bourrée auvergnate. Je ne résiste pas, je suis au-delà de la compréhension. Je m’autorise même à me servir un grand verre de Whisky qui a en fait le goût du lait fraise. J’en bois plusieurs verres au final. La tête me tourne déjà bien quand Eddy tangue avec le gâteau d’anniversaire sur son plateau en chantant joyeux anniversaire. J’en mange une part et m’affale sur un pouf. Le chat se pose sur mes genoux et me fait la conversion, sur un sujet que je ne comprends absolument pas vu mon taux d’alcool de lait fraise dans le sang. Il fini par me tendre ma bague perdue dans le conduit ce matin. Je le caresse pour le remercier. Michel m’amène jusqu’à l’entrée d’un couloir. Paul Newman, m’ordonne de le suivre après m’avoir donné une accolade musclé. Je m’exécute, toujours intoxiqué au lait fraise. Le couloir est sombre et ne sent pas très bon. Il rétrécit tant et tant que touche le plafond. Il continu de rétrécir je me baisse puis me met a quatre pattes, pour finir par ramper. Le lait fraise fait déjà moins d’effet et ma claustrophobie se réveille un peu, quand j’aperçois de la lumière devant moi. Je sors les mains du tunnel en premier puis extirpe ma tête pour sortir du lave-vaisselle. Je suis à plat ventre dans ma cuisine. Le toaster éjecte mes tartines, la bouilloire siffle, je me relève hagarde. Tout semble si normal, ai-je rêvé ? Suis-je devenue folle ? je fais le tour de mon appartement tout semble en place. J’ai dû rêver. Je prends mon petit déjeuner. Un peu plus tard dans la matinée lorsque je vais pour préparer mon repas, il me manque une poêle…
