Les 5 objets :
- Un tube de vitamine C
- Un ventilateur
- Une image religieuse de la vierge
- Une tasse de café froid
- Un radio réveil en avance
Affalé dans son vieux fauteuil en cuir si confortable, Spad regardait le plafond. Comme fasciné. Au centre de celui-ci, dans un bureau au désordre surréaliste, une araignée tissait sa toile autour d’une ampoule fatiguée. « Allez, quand faut y aller… » murmura Spad. Sans toutefois terminer sa phrase.
Il se redressa doucement et posa les yeux sur son bureau. Au centre de celui-ci, une tasse de café, perdue au milieu d’un cendrier trop rempli, d’une vieille machine à écrire, de factures mélangées et d’un journal de la veille. Il l’attrapa mollement, en bu une gorgée qu’il recracha aussitôt. « Pouah, il est gelé ! » bougonna-t’il en lui-même. Il reposa rageusement sa tasse et se fendit d’un soupir théâtral, à l’adresse du destin, que celui-ci comprenne sans méprise possible à quel point sa situation actuelle pouvait bien l’agacer. À l’autre bout de la pièce, un vieux radio-réveil du siècle dernier. Il indiquait 16h02, ce qui indiquait qu’il devait être autour de 15h45. « Allez… Quand faut y aller ! » répéta-t-il un peu plus fort. Sans plus d’effet que la première fois…
Spad était détective privé. Du genre parodie de détective privée : Il ne payait ses loyers que sous la menace, ne travaillait que lorsque ses débiteurs devenaient trop insistants, et trafiquait ses factures pour escroquer ses clients les plus candides. Il portait un borsalino et un long imperméable, parce qu’il était persuadé que c’était comme ça qu’on voulait le voir. Son quotidien était fait de maris volages, de chiens perdus et d’affaires toutes plus banales les unes que les autres.
« Allez, mon vieux. Au boulot, le Spado ! » lança-t-il énergiquement. Il ouvrit le tiroir du bureau, attrapa une petite peinture religieuse représentant la Sainte Vierge, l’examina soigneusement. Son « seul indice », se dit-il mentalement, pour retrouver le fils d’une vieille bourgeoise de province qu’il trouvait pleine de charme – c'est-à-dire, selon sa définition, qui acceptait de payer des avances sans jamais poser de question. La peinture était hideuse, dans un cadre fait main du plus mauvais goût, arrondie sur le haut. La vierge tenait son fils dans ses bras, son visage reflétait une tristesse telle qu’on pourrait croire qu’elle pense à jeter le Messie avec l’eau du prochain bain. Il y avait quelques lettres latines et quelques symboles de ci de là, dans une incohérence la plus totale. Spad plissa les yeux et se rapprocha de l’icône, faisant mine de se concentrer. Histoire de faire semblant de travailler, si observateur divin il y avait… Puis il la jeta sur son bureau, attrapa un tube de vitamine C en espérant que ça pourrait, peut-être, réactiver ses cellules grises à la place du café. Peine perdue : le tube était vide.
« Tu sais ce que t’as à faire » se sermonna-t-il. « T’as des témoins à interroger. Des contacts à rencarder, aux quatre coin du pays s’il le faut. Faut trouver quelque chose, au moins un tout petit truc, pour que la rombière signe un beau chèque de plus… ! Lève toi, Spado, et fait ton job ! »
Il arracha enfin sa masse de son fauteuil, comme au prix d’un suprême effort de volonté, et lança un regard noir à son ventilateur qui refusait de tourner – un léger court-circuit. « Allez Spad. Lance toi ! »
« Il faut vaincre l’entropie… », se dit-il. Vaincre l’entropie. Trouver le jus, l’énergie. Malgré la chaleur. Malgré l’esprit embrumé. Malgré le manque d’intérêt total qu’il accordait à cette affaire.
Il fit quelque pas pour prendre son imperméable. Alors qu’il l’attrapait, son regard se posa machinalement vers son bureau, et sa tasse de café froid. Il lâcha son imperméable, considéra que pour vaincre l’entropie, y’avait pas mieux que le cawa, passa devant le ventilateur qu’il gratifia d’un coup de pied expert – il se remit à tourner – et fit réchauffer sa tasse au micro-ondes. « Une bonne chose de faite ! » se félicita-t-il.
Il avala une gorgée de café : il était brûlant à s’en étouffer ! Il le reposa sur le bureau, au milieu d’un cendrier trop rempli, d’une vieille machine à écrire, de factures mélangées et d’un journal de la veille, et s’affala sur son vieux fauteuil en cuir si confortable. Le faisant basculer à son maximum, il remarqua quelque chose qui bougeait au dessus de lui.
Spad regardait le plafond. Comme fasciné. Une araignée tissait sa toile autour d’une ampoule fatiguée.
