Je l’ai vu arriver de loin, le petit monsieur à la casquette en velours. Il avançait timidement, il remontait la nef la main devant les yeux, sans doute ébloui par le soleil. Il était maintenant tout près de la porte et j’avais déjà anticipé le mouvement de son bras vers la poignée en verre. Mais il ne vint pas. Le petit monsieur se fracassa contre la paroi, simplement, brutalement, comme ces oiseaux qui n’ont pas vu la fenêtre . Il continuait, sans comprendre, à vouloir passer à travers la vitre. Le visage ensanglanté, il s’avançait encore, obstinément, butant contre le verre, reculant, recommençant… Devant lui, l’air était soudain devenu solide : un mur invisible l’empêchait de sortir...
Tu sais, là-bas, si tu fais le tour du parc, faut vraiment le faire dans le bon sens, sinon les autres ils peuvent faire une crise de panique, ça leur fait peur si tu tournes pas dans le bon sens.
Mais tu peux y aller ils me trouveront pas. J’suis bien caché.
Pas question d’en voir un seul, je peux plus, ils me font trop peur. Et puis ils puent.
C’est le réel qui est fractionné, la réalité tu vois, c’est des fractions, des morceaux, tu piges pas même si t’es un génie en maths parce que ces fractions de la réalité t’arrives pas à les recoller les unes aux autres pour retrouver le puzzle, et puis t’as pas de modèle de toute façon, tu sais pas c’était quoi au départ la réalité refractionnée, le réel en entier, mon langage est pauvre ils disent ça aussi tu peux vérifier tu trouves que mon langage est pauvre et je sais pourtant dire un abrasement des affects et de la motivation , c’est beau ça non, aboulie, amimie, apragmatisme, altération de la vie de relation, un abrasement des affects et de la motivation, athymhormie, athymhormie c’est beau ça aussi quand les affects s’abrasent sur la bouche, c’est beau ça s’abrase latimorie et je suis pas censé avoir d’émotions alors je devrais pas trouver que c’est beau mais j’aime bien les mots en i ça me berce le soir je me dis schizophrénie mon amie anémie athymhorie et calories aussi, j’ai pas l’esprit fractionné c’est le réel qui est fractionné, moi je cherche les morceaux, je les entends, je les vois mais toi tu les vois pas tu les entends pas alors tu crois qu’ils existent pas mon langage est pauvre, c’est des fractions de langue mon langage, c’est des fraclangues alors tu dis mon langage est pauvre mais tu cherches pas à coller les morceaux de langue, t’as jamais que la moitié des mots t’as jamais que
Le visage ensanglanté, il s’avançait encore, obstinément, butant contre le verre, reculant, recommençant…
On devrait d’abord chercher sur les îles, sur les îles les plus éloignées. Mais pour ça faudrait savoir, faudrait imaginer que c’est seulement possible. On n’imagine pas, on ne croit pas au père Noël, alors, le voleur de chaussettes, forcément, on n’y pense même pas.
Le père d’Angela sanglotait, perché sur le robinet. Il s’arrachait les poils de désespoir, il répétait aux pleureuses qu’il était un mauvais père, qu’il n’avait pas pris le temps de dire à ses filles ce qui les guettait dans cette cuisine. Et au-delà…
C’était le temps où les signes étaient rois. Ils trônaient partout, placardés dans les rues, les mairies et même les vieilles églises.
C’était le temps où les signes faisaient loi. Nul ne sortait sans sa carte d’identité, les permis pullulaient et les papiers, remplacés par des données électroniques, moisissaient dans les poubelles de la république.
C’était le temps où les signes avaient remplacé les signifiés.
C’était le temps où la révolte et la misère n’avaient plus de signes.
Signe : fausse tente à poires...
Le visage ensanglanté, il s’avançait encore, obstinément, butant contre le verre, reculant, recommençant…
C’est pas gracieux la mort, non.
C’est pour ça que j’ai décidé ce jour-là, pendant que je jetais la tête d’Angela dans le trou de l’évier, que plus jamais nous n’aurions à faire ce sale boulot. Plus jamais.
Le cantique des cerveaux
L’habitacle des astres
L’impassibilité du chaos
L’essence des autoroutes
Le charme des barbares
L’atelier des égouts
Le sanatorium des abîmes
Le courrier des sourds
Le magasin des langues
L’éducation des chimères
ENCORE
Tentative d’épuisement du vide à l’aide d’un clavier…
EN CORPS
Oh geler le vent, encore...
On voudrait bien juste souffler, tu vois, juste souffler, arrêter de marcher dans les clous putain, arrêter d'être rentables, arrêter d'être raisonnables, arrêter de faire attention aux factures aux loyers aux intérêts aux pourcentages aux sondages au chômage à l'âge aux gens qui ne sont rien, il paraît...
arrêter de faire semblant, arrêter de faire sanglant
Le mercredi c’est le jour des nains. A quatorze heures précises ils déboulent les monstres, ils se faufilent entre les portes, se glissent sous les lits, bavent sur le sol et se mouchent avec les rideaux de la douche.
Plus question d’en voir un seul. Je me cache.
Le visage ensanglanté, il s’avançait encore, obstinément, butant contre le verre, reculant, recommençant…
Le truc était d’un goût terrifiant, c’était rose, c’était ignoble, c’était un cadeau géant avec un gros nœud rouge… Un trompe-l’œil saisissant recouvrait le dessus, le papier cadeau faussement déchiré laissant apparaître une rangée de chocolats…
Putain de bordel de merde ! Un putain de cercueil en carton…
Il a mis fin à ses jours 187 fois. En vain.
Il a collectionné les femmes, les timbres et les bouteilles de coca, pour voir. Il a vu.
Il a escaladé la face nord du mont Saint Michel, s’est promené nu sous les pluies équatoriales, a imité le chant des baleines et déclaré sa flamme à un unijambiste, pour savoir. Il n’a rien su.
Il a fumé de la marocaine, de l’afghane et même de la bulgare, il a sniffé de la coke, de l’héroïne et même de la colle Uhu.
Il a bu tout ce qui pouvait se boire, et même ce qui ne se pouvait pas boire.
Il a tout goûté, tout senti, tout vu, tout entendu. Et tout touché. De la peau soyeuse de la papaye sauvage aux couilles de marbre des statues antiques.
Il a essayé tout cela. Et plus encore. Si affinités.
Ce septième jour, puisqu’il avait enfin épuisé les innombrables ressources de son couteau suisse, Dieu voulut prendre un repos bien mérité. Son lit ne tenant plus que sur un pied conséquemment à la découverte de la petite scie, il dut renoncer provisoirement à cette idée et décida en conséquence de partir immédiatement à la recherche d’un nouveau jouet.
c’est le réel qui est fractionné, la réalité tu vois, c’est des fractions, des morceaux, et ces fractions de la réalité t’arrives pas à les recoller les unes aux autres pour retrouver le puzzle, et puis t’as pas de modèle de toute façon, tu sais pas c’était quoi au départ la réalité refractionnée, le réel en entier,
Ici, ils nous habillent en bleu. Pour pas nous confondre avec les autres, ceux qui viennent de derrière la grille. Toi t’es pas en bleu.
Tu viens de derrière la grille ?
c’est des fraclangues alors tu dis mon langage est pauvre mais tu cherches pas à coller les morceaux de langue, t’as jamais que la moitié des mots t’as jamais que